Art de rue à Marseille : un bus vertical aux Aygalades !

Non, il ne s’agit pas d’un poisson d’avril en retard… On peut bel et bien l’apercevoir depuis l’A7, lorsque l’on se dirige vers le centre de Marseille, au niveau de la Cité des Aygalades, cité constituée de cinq blocs massifs d’immeuble situé contre l’autoroute, sur la droite. Ceux qui ont l’habitude de voyager en véhicule un peu hauts, genre 4×4 ou mieux encore, en autocar, l’auront certainement déjà remarqué. Pour les autres, il s’agit d’être vigilant et de guetter par dessus le mur anti-bruit qui protège la cité des nuisances sonores du trafic autoroutier, afin d’espérer voir l’avant d’un bus… pointant vers le ciel !

Certes la vitesse du trafic peut faire penser à une hallucination. Mais selon la luminosité et la situation du soleil vous pourrez très clairement identifier la cabine du chauffeur, voire les roues avant si votre moyen de transport est suffisamment haut. Le mur anti-bruit empêche toutefois d’en voir davantage. Mais le doute n’est plus permis, il s’agit bien là d’un « bus totem », dressé à la verticale.

Intrigué par cette découverte, j’ai donc entrepris quelques recherches sur le Web pour savoir de quoi il en retournait vraiment. En vain, cependant : impossible en effet de trouver une quelconque information sur un éventuel bus vertical à Marseille, ni même de situer l’emplacement exact de ce bus au moyen de Google Maps, dont les images satellites semblent dater un peu.

C’est à l’occasion d’un retour depuis Aix-en-Provence que, ma curiosité ayant atteint son paroxysme, je décidai soudainement de mettre mon clignotant et sortir aux Aygalades. Ne connaissant pas du tout le quartier, autant dire que ça n’était pas là mon itinéraire habituel. Mais il s’agissait d’en avoir enfin le cœur net, et de résoudre une bonne fois pour toute le mystère du bus vertical. D’autant que j’étais armé de mon appareil photo…

Et après plusieurs dizaines de minutes à essayer de me repérer dans des rues désertes et à faire demi-tour dans les nombreuses impasses de ce quartier hautement industriel, voilà que je finis par le trouver. Un véritable bus, ayant manifestement appartenu à la RTM, dressé vers le firmament, derrière un large portail entrouvert. Le portail de la Cité des Arts de la Rue, au 225 avenue des Aygalades.

Il s’agissait donc de cela : une œuvre d’art à ciel ouvert. Un bus, symbole des rues, posé debout, entrailles à l’air. Et détail que l’on n’apercevait pas de l’autoroute : les vitres du bus sont peintes, représentant des passagers en train de tomber vers le fond du bus. Quoi de tel pour représenter au mieux la culture de la rue ?

La Cité des Arts de la Rue, installée en 2000 et construite entre 2007 et 2010, est un territoire qui permet d’expérimenter et de développer le champ des arts de la rue de la création à la formation. Projet né en 1995 du rapprochement de deux institutions, Lieux Publics et Generik Vapeur, il rassemble aujourd’hui sur 36 000 m² (dont 11 000 m² de bâtiments), cinq autres structures : la FAI AR, la Karwan, les Ateliers Sud Side, Lézarap’art et enfin les Théâtres Acrobatiques, l’ensemble étant coordonné par l’APCAR, qui elle gère notamment l’indépendance de chacun sur le site. Ainsi, ce « laboratoire scénique » propose aux artistes de la rue une série de savoir-faire complémentaires, un ensemble d’outils ainsi qu’un véritable réseau de relations pour pouvoir exprimer et développer son talent…

Mais revenons-en à notre bus totem : planté à la verticale en guise d’étendard visuel à l’entrée de la Cité des Arts de la Rue, ce bus de ville marseillais est aujourd’hui un véritable repère architectural dans le quartier. Visible depuis l’autoroute nord à l’arrivée sur Marseille, il permet de faire exister La Cité des Arts de la Rue bien au-delà des publics spécifiques à son domaine, comme le prouve d’ailleurs cet article.

À ma grande surprise, ce bus de la RTM avait déjà existé : il a été érigé une première fois en septembre 2002, jouant son rôle de signalétique de la Cité des Arts de la Rue jusqu’en août 2007, avant de partir à Paris pour être exposé sur les pelouses de Bercy dans le cadre des Nuits Blanches. À son retour, le bus était revenu à la Cité mais n’avait pas été dressé de nouveau dans l’attente du chantier architectural qui devait débuter en 2008. Ce n’est que le 17 septembre 2009, dans le cadre des Journées Européennes du Patrimoine notamment, que Generik Vapeur, habitant de la cité et spécialiste du « trafic d’acteurs et d’engins », a organisé la nouvelle installation pérenne de ce « bus totem »… Renversant, non ?

lemarroneur