Marseille : quand les problèmes de transports pèsent sur l’emploi

Le préfet doit arrêter fin décembre le nouveau « Schéma départemental de coopération intercommunale des Bouches-du-Rhône ». Un nouveau visage plus cohérent pour le département parcellé aujourd’hui en 14 structures intercommunales autour d’Aix, Aubagne et Marseille. « Trop d’acteurs et pas assez de responsables » selon un collectif regroupant patrons et salariés qui prônent la création d’une grande métropole afin qu’un « seul acteur soit aux commandes » notamment sur le brûlant dossier des « Transports », première victime selon eux de la multiplicité des décideurs.

Retards, zones mal desservies, routes saturées. Les transports sont aujourd’hui le point noir des chefs d’entreprises : freins à l’embauche, facteurs de stress, etc.

« Dans notre département, plusieurs milliers de postes ne sont pas pourvus faute de transports efficaces et cohérents, souligne Maurice WOLFF, membre du collectif « Mon entreprise, ma ville ». Les exemples ne manquent pas. Guy PUECH, directeur d’ALTERSIS société de services en ingénierie informatique installée à la Duranne (Aix-en-Provence) a récemment essuyé deux refus de postes pour cette raison « un de Martigues l’autre de La Ciotat qui préfèrent ne pas avoir de travail que de passer 3 heures dans la galère des transports ! ». Un troisième marseillais a démissionné pour ne plus avoir à passer autant de temps sur la route « et pourtant nous ne sommes qu’à 30 km de Marseille ! ». Cepasco-Spigol, distributeur et fabricant d’épices et condiments, doit regrouper ses deux unités de production industrielle, l’une située à Gémenos, l’autre à Sorgues dans le Vaucluse. Le siège et sa centaine de salariés sont à Gémenos, logique donc pour son président Serge HINKER « qui ne veut pas se délocaliser » de tout y concentrer. « Mes salariés à Sorgue ont les compétences et le savoir-faire dont j’ai besoin mais ils ne suivront pas car ils connaissent en plus du prix des loyers ici, l’état de la circulation. Je ne pourrai donc pas pérenniser l’emploi de ces salariés là ».

« Le parcours du combattant »

Certains, comme Magali MARCELLIN – salariée du groupe CANAVESE, changent leur façon de vivre pour ne plus avoir à supporter « le calvaire » des transports. « Ce sont des mesures radicales mais je n’avais pas le choix ». Elle fait chaque jour le trajet L’Estaque/Aubagne et a décidé de décaler ses horaires de travail pour ne plus passer près de trois heures quotidiennes dans les transports. Résultat des courses, elle part de chez elle à 6h45 et rentre à 19 heures, plus de 12 heures en extérieur pour une journée de travail de 8 heures. Le tout au volant de sa voiture, « c’est dommage car contrairement aux transports en commun nous ne sommes pas productifs au volant, ni professionnellement ni personnellement ». Pour rejoindre Aubagne de l’Estaque en transports publics, le bouquin serait effectivement difficile à lire : le bus jusqu’au Métro, puis jusqu’à la gare, le TER jusqu’à Aubagne, et de nouveau le bus « une heure et demi de parcours du combattant et encore en ayant toutes les correspondances ». « Les salariés sont devenus fatalistes, avoue Olivier CARLE, syndicaliste CFDT, ils font des sacrifices sur leur vie personnelle pour garder leur emploi ». Au sein de l’agence de formation dans laquelle il travaille, il observe même que « le coût des transports résignent les personnes les plus précaires à ne pas pouvoir se déplacer pour se former, c’est donc également un frein au retour à l’emploi ».

Une enquête réalisée auprès des salariés du privé du 19 au 22 octobre 2011 par Opinion Way – CCIMP/Chambre des métiers/UPE 13 – révèle que chez 28 % des salariés « leur évolution ou leur mobilité professionnelle a pu être gênée ou empêchée par des problèmes de logement et de transport ». Un chiffre en augmentation de 5 points.

La problématique des transports est contraire au « bien-être des salariés » conclue Guy PUECH qui a placé les « valeurs humaines » au cœur de sa philosophie d’entreprise. C’est sûr, des valeurs humaines il en faut pour attaquer une journée de travail après 40 minutes de bouchon pour faire 10 kilomètres.

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