Bibliothèque Alcazar : mission photo périlleuse !

J’étais loin d’imaginer qu’entrer dans la bibliothèque de l’Alcazar sur le cours Belsunce armé d’un appareil photo constituerait une telle épopée. L’idée de départ était simple : visiter l’Alcazar, prendre quelques clichés, et présenter ce haut lieu culturel marseillais sur ce blog, afin de témoigner du bel effort réalisé par la municipalité pour réhabiliter un quartier qui fut abandonné des années durant.

Il faut savoir en effet que l’Alcazar à Marseille, ancienne salle de spectacle qui a accueilli au début du XXe siècle Yves Montand, Fernandel ou encore Tino Rossi, est aujourd’hui (et depuis 2004) une bibliothèque à vocation régionale. A ce titre, elle figure parmi les 5 plus grandes bibliothèques de France, et est en réalité la plus grande bibliothèque de province.

C’est ainsi qu’elle propose à la consultation près d’un million de documents, dont 350 000 en accès libre, ainsi que de nombreux fonds précieux tels que des manuscrits médiévaux, une collection de 143 incunables, ou encore les archives des Cahiers du Sud, le tout sur une surface de 18000 m² (dont 11000 ouverts au public).

Ainsi, sa taille, la richesse de ses collections et son accessibilité en font l’un des lieux de recherche et d’étude les plus complets de la Ville de Marseille, ce qui explique combien il me paraissait important de traiter de ce lieu sur ce blog.

Mais c’était sans compter sur l’important dispositif de sécurité déployé à l’intérieur de ce bâtiment à l’architecture moderne. Car derrière la façade transparente qui a pour but d’offrir aux passants la vue sur les activités de la bibliothèque, et de faire participer ainsi l’édifice à l’animation et à la vie du quartier Belsunce, la réalité est toute autre.

En effet, je n’avais pas passé le sas d’entrée que déjà je me faisais accoster par un vigile qui me demandait si j’avais l’intention de prendre des photographies du bâtiment. Difficile de nier, ma grosse sacoche en bandoulière, d’autant que c’était effectivement le but principal de ma visite. Je me retrouvais aussitôt à l’étage en compagnie d’un autre vigile, en train de signer une décharge stipulant que je ne publierais sous aucun prétexte les photos que j’allais prendre, sauf autorisation expresse de MM. Adrien Fainsilber et Didier Rogeon et quelques autres acolytes ayant participé au projet architectural.

Un projet certes novateur, mêlant modernisme et histoire, ayant pour objectif de refléter la spécificité, la modernité et la haute technologie du contenu de la bibliothèque. Et le résultat semble être à la hauteur puisque la bibliothèque de l’Alcazar, de par sa façade ainsi que l’agencement de ses 4 étages, est effectivement un édifice remarquable, à l’architecture audacieuse et originale. Comment ne pas vouloir en parler dans ses conditions, d’autant qu’il s’agit avant tout d’un lieu public ?

Bien entendu, ma visite fut rythmée par les interventions régulières des différents vigiles venant me demander si je disposais d’une autorisation pour prendre des photographies. N’ayant obtenu qu’une autorisation verbale, la sécurité ne disposant plus de passe à me donner, je devais alors attendre que chacun obtienne confirmation par talkie-walkie, espérant alors être tranquille jusqu’à l’étage suivant.

Une telle sévérité ne pouvait rendre cette visite qu’intimidante, presque déplaisante. Frustré à l’idée de ne pouvoir librement publier sur le sujet à l’issue de cette expérience, je décidais donc de respecter mes engagements écrits et tentais de prendre contact avec la bibliothèque afin de solliciter l’autorisation des architectes pour diffuser quelques photos. Le contact mail figurant sur le site de la bibliothèque, je m’empressais d’envoyer ma demande :

Bonjour,

Je suis le propriétaire et éditeur d’un site Internet sur Marseille, dont l’objectif est de témoigner de la vie marseillaise : https://www.photos-marseille.fr/

J’avais dans l’idée de consacrer un article sur la bibliothèque de l’Alcazar, afin de donner un aperçu de la place qu’occupe la culture au sein de notre belle Cité Phocéenne.

Toutefois, lors de ma visite sur les lieux équipé de mon appareil photo, il m’a été demandé de signer une décharge qui m’engageait à ne pas publier ces photos sans avoir l’autorisation expresse d’un certains nombre de personnes ayant œuvré sur la construction du bâtiment.

Ayant laissé cette décharge sur place, je n’ai pas eu le temps ni la possibilité de relever les noms des personnes à contacter pour obtenir une éventuelle autorisation de publication.

J’aurais donc voulu savoir s’il était possible que vous me donniez les coordonnées de ces personnes, ou si éventuellement vous étiez apte à me délivrer une autorisation.

Il s’agit simplement, dans le cadre de la rubrique visant à inciter les internautes à découvrir le patrimoine marseillais (https://www.photos-marseille.fr/categorie/visiter-marseille/) de rédiger un article de présentation de la bibliothèque, illustré de trois clichés sélectionnés parmi ceux que j’ai pu prendre.

En vous remerciant par avance d’avoir considéré cette demande, je reste à votre disposition pour tout complément d’information.

Cordialement,

Je n’ai bien sûr, plus de trois mois plus tard, jamais reçu aucune réponse de leur part. C’est dire la motivation de la municipalité à communiquer sur le fleuron de son patrimoine culturel ! Alors dans la mesure où j’estime ne pas avoir pris en photos les secrets industriels de fabrication de l’Alcazar, ni les plus précieux documents que la bibliothèque renferme (malgré une sacré collection de K7 VHS qui à mon avis ne doit plus servir à grand chose dans la mesure où les lecteurs DVD ont complètement éradiqués les magnétoscopes), et dans la mesure où j’estime que la municipalité manque clairement de considération envers ses administrés, voici quelques photos de l’Alcazar que je prends la liberté de publier.

J’espère seulement que les personnes citées dans la déclaration que j’ai pu signer comprendront qu’il s’agit ici de promouvoir ce qui m’a paru être un endroit studieux et plein d’agréables surprises dont on ne soupçonnerait pas l’existence dans ce quartier anciennement sinistré, et non de porter atteinte à leur remarquable travail. A préciser que j’attends toujours une réponse à mon mail.

lemarroneur