Le feu d’artifice de Marseille maintenu malgré le Mistral

Le tourisme à Marseille doit être bien en berne pour que la municipalité de Marseille décide de maintenir le feu d’artifice malgré le fort Mistral… Il faut dire que chaque année c’est la même chose : le 14 juillet à Marseille se déroule systématiquement au rythme des bourrasques de vent froid venu du nord, comme si celui-ci se sentait l’obligation de se manifester pour faire claquer les fanions aux couleurs de la République que la RTM fixe en ce jour de fête nationale sur ses bus et tramways.

Mais cette année, c’est encore un peu particulier : il semblerait qu’à l’image du port de Marseille, l’été se soit mis en grève, soleil et chaleur peinant à s’installer durablement. Une météo capricieuse qui, outre gâcher les vacances des Marseillais, porte également du tort au tourisme de la ville, qui a déjà bien du mal à se développer à l’aube de 2013.

Alors est-ce là le raisonnement adopté hier soir par M. le Maire, aux alentours de 22h, alors que sous l’insistance du Mistral, Aix, Arles, Aubagne, Martigues, Salon, et Vitrolles annulaient tour à tour leur feu d’artifice par mesure de sécurité ? L’heure avançant, les rumeurs allaient bon train sur les pelouses bondées du Palais du Pharo : “feu d’artifice annulé”, pouvait-on entendre ça et là, “feu d’artifice maintenu”, entendait-on encore là-bas, chacun essayant de trouver la juste information sur Internet via son smartphone, tout en s’emmitouflant de plus belle pour lutter contre les rafales.

Et pourtant voilà qu’à 22h30 pile, la Bonne-Mère s’est subitement éteinte, laissant place à la pleine lune qui se levait derrière, tandis que les premières fusées bravaient le Mistral, laissant deviner leur sillage dans le ciel avant d’exploser dans une gerbe de couleurs. La foule, mi-surprise, mi-rassurée, mis quelques temps à réagir et à se laisser aller au spectacle. Mais l’inquiétude face au vent s’estompa finalement peu à peu pour laisser place au plaisir et aux cris de joie.

Reste que malgré une situation géographique prometteuse, le Palais du Pharo n’était finalement pas, contrairement à ce que j’avais pu m’imaginer, le meilleur endroit pour admirer ce feu d’artifice. Situé légèrement en hauteur à l’entrée du Vieux-Port et dans l’axe de Notre-Dame de la Garde, il fallait toutefois compter sur la distance importante ainsi que sur la présence d’arbres occultant la vue vers le Vieux-Port, tandis que les différents dispositifs lumineux installés au pied de la Bonne-Mère faisaient face au Quai des Belges plutôt qu’à nous. Sans parler bien sûr de l’exposition plus importante au vent.

Néanmoins, au terme d’une demi-heure passée à lever les yeux tantôt en direction du Vieux-Port tantôt en direction de la Bonne-Mère, le feu d’artifice s’est achevé en un final époustouflant, retenant l’attention de tous les spectateurs amassés là. Et c’est sous la pleine lune et un Mistral à peine faiblissant que le spectacle s’est achevé en de grands applaudissements, avant qu’une marée humaine se mette en marche pour redescendre vers la Canebière. L’occasion de (re)découvrir, comme à chaque événement sur le Vieux-Port, l’envers du décors marseillais.

Car derrière les effets pyrotechniques à grand budget sensés divertir Marseillais et touristes (à moins que ça ne soit touristes et Marseillais), derrière la thématique de l’humour mise en avant dans le cadre de ce 14 juillet, se cache une réalité bien plus attristante : celle d’une ville qui ne parvient pas à se hisser à la hauteur de ses ambitions, celle d’une ville sale et violente, illustrée notamment par une Canebière jonchée de déchets virevoltants et pleine d’échauffourées avec les forces de l’ordre.

Alors à quoi bon prendre le risque de maintenir un feu d’artifice, aussi beau soit-il, quand toutes les villes voisines ont préféré jouer la carte de la prudence à cause du vent, alors que les maux les plus préjudiciables à l’image de la ville persistent encore et toujours ?

lemarroneur